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Critique de livres
Jeffrey L. Funk: Mobile Disruption
Le nombre d’abonnés au téléphone cellulaire sur terre a dépassé celui des abonnés au téléphone fixe en 2001. Le phénomène serait en soit suffisamment novateur pour éveiller notre curiosité. Le livre de Jeffrey Funk a beaucoup plus d’ambition : il entend analyser la prochaine grande innovation des télécommunications : l’Internet mobile. En effet, pour un nombre croissant d’utilisateurs, l’ordinateur personnel n’est plus la porte d’entrée obligatoire à Internet. Il est remplacé par le téléphone cellulaire évolué ou le téléphone intelligent qui intègre un agenda électronique (type Blackberry de RIM ou Treo de Palm Pilot).

Qui plus est, Jeffrey Funk analyse la nature même de l’innovation apportée par Internet mobile : c’est une technologie perturbatrice (en anglais disruptive), selon la typologie utilisée par Clayton M. Christensen.[1] Une innovation perturbatrice remplace la technologie dominante par une technologie pas tout à fait au point, généralement instable ou trop complexe pour le grand public et qui est pour cela même ignorée par les grandes compagnies. Pourtant, l’innovation perturbatrice a un avantage décisif : elle est moins chère et elle a une capacité d’évoluer supérieure aux technologies établies. Mais cet avantage lui-même la rend suspecte aux yeux de l’establishment financier : si ce nouveau produit est moins cher, il offre donc moins de profit. C’est ainsi que le mini-ordinateur a remplacé l’ordinateur central et l’ordinateur personnel le mini. La course vers le bas n’est pas finie et la prochaine technologie perturbatrice est le téléphone cellulaire non pas seulement comme substitut au téléphone fixe (dans nombre de pays c’est déjà fait), mais comme substitut au micro-ordinateur. L’innovation est née au Japon quand NTT a créé une filiale entièrement autonome nommé DoCoMo pour commercialiser des contenus textuels sur l’écran du cellulaire. La messagerie électronique et ses dérivés que son la messagerie instantanée et le SMS ont connu un succès foudroyant. Elles ont été suivi de multiples applications qui vont de l’achat de billets de train à la publicité géolocalisée en passant par l’échange de photos et de vidéo et le téléchargement de musique. Aujourd’hui, les contenus mobiles représentent le quart des revenus du groupe NTT. Dans une analyse brillante basée sur une connaissance approfondie de la réalité japonaise (Jeffrey Funk enseigne au Japon), Mobile Disruption analyse l’avenir des communications à travers le monde qui ne saurait qu’être mobile. Les stratégies d’affaires utilisées au Japon, en Corée et en Europe font l’objet d’analyses en profondeur, extrêmement bien documentées, qui peuvent servir de guide à toute entreprise soucieuse de se lancer dans la production et la commercialisation de services mobiles. Cet ouvrage est particulièrement bienvenu au Canada où le téléphone cellulaire tire de l’arrière et où l’accès mobile à Internet est une rareté – en-dehors du succès du Blackberry qui demeure encore une exception. Un livre à lire de toute urgence par tous les décideurs et ceux qui s’intéressent à l’actualité des TIC.

Jeffrey L. Funk, PhD, est professeur de gestion des affaires à l’Université Hitotsubashi au Japon où il étudié l’industrie du téléphone mobile depuis une dizaine d’années. Il a été conseiller des principales entreprises du secteur que sont NTT, DoCoMo, J-Phone, Nokia, Hutchison Telecom, KPN et Bouygues Telecom. Le Pr Funk est membre du "Global Mobility Roundtable" qui est un groupe de recherche international spécialisé dans l’Internet mobile.

[1] Clayton M. Christensen : The Innovator Dilemma (When New Technologies Cause Great Firms to Fail), Harvard Business School Press, Boston (Massachusetts), 1997.

le 20 Aug 2006 par JGRens
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