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Au Mexique Internet est partout !
Il y a plusieurs Mexique : le Mexique des plages touristiques, celui de l'immensité urbaine (Mexico plus grande ville du monde avec près de 25 millions d'habitants), celui des cités coloniales parsemées d'églises baroques, celui des communautés indigènes qui semble n'avoir pas changé depuis l'arrivée des Espagnols… Mais il y a un phénomène qui réunit tous ces Mexique : Internet. Dans toutes les rues des villes et des villages se trouvent des Cafés Internet qui n'ont souvent de « café » que le nom. Inutile de demander une boisson. On se drogue au web et au chat. On surfe jour et nuit en bavardant par petits groupes et en écoutant de la musique – si possible fort. Il y a plusieurs Mexique : le Mexique des plages touristiques, celui de l'immensité urbaine (Mexico plus grande ville du monde avec près de 25 millions d'habitants), celui des cités coloniales parsemées d'églises baroques, celui des communautés indigènes qui semble n'avoir pas changé depuis l'arrivée des Espagnols… Mais il y a un phénomène qui réunit tous ces Mexique : Internet. Dans toutes les rues des villes et des villages se trouvent des Cafés Internet qui n'ont souvent de « café » que le nom. Inutile de demander une boisson. On se drogue au web et au chat. On surfe jour et nuit en bavardant par petits groupes et en écoutant de la musique – si possible fort.

Quand on arrive au Mexique, il faut oublier les clichés du latino insouciant. Le Mexique vit à un rythme trépidant dans un environnement de concurrence effrénée. N'oublions pas qu'il y a 100 millions de Mexicains. Avec un PIB de plus de 915 milliards de dollars É-U, le Mexique pèse désormais d'un plus grand poids dans l'économie de la planète que le Canada avec ses 774 milliards.(1) Tout le monde sait que le Mexique fait partie de l'Accord de libre échange nord-américain (ALÉNA) – moins de gens savent que depuis un an il est uni à l'Union européenne par un accord d'association économique. Un Mexique moderne est né qui ne le cède en rien aux tigres asiatiques en matière de dynamisme économique.

Il y a aujourd'hui 600 fournisseurs d'accès Internet au Mexique qui se disputent entre million et un million et demi d'internautes. Les chiffres varient, mais tous confirment l'exiguïté du marché d'Internet. Comment expliquer, dans ces conditions, que la plupart des grands fournisseurs mondiaux soient présents au Mexique? L'Américain AOL et l'espagnol Terra Lycos disputent âprement le marché au mexicain Prodigy – service d'accès de l'ancien monopole de télécommunications Telmex. Yahoo Mexico est le portail de prédilection des internautes mexicains. Nulle part le nombre d'abonnés ne rend compte de la véritable utilisation d'Internet. Mais au Mexique le divorce est encore plus criant qu'ailleurs. On estime à cinq millions de nombre d'internautes et ce marché croît de 65% par an. Il y a une grande différence entre Internet au Mexique et dans le reste de l'Amérique du Nord : l'accès y est collectif.

La voie mexicaine vers Internet

Nous avons déjà évoqué l'omniprésence des cafés Internet. Qui plus est, dans ces cafés, on surfe à plusieurs. Un abonnement familial est partagé avec les amis, les voisins, parfois un simple visiteur. En 1994, les Indiens du Chiapas se révoltent contre l'ALÉNA. Comment font-ils connaître leurs revendications au reste du monde? Par Internet bien sûr (et accessoirement par cellulaire). Le niveau de vie des Mexicains est trois fois moins élevé que celui des Canadiens… Qu'à cela ne tienne : on pirate sans complexe les logiciels. Le Mexique est le champion du piratage en Amérique. Mais peut-on blâmer un étudiant sans ressources de spolier Bill Gates de ses droits d'auteur? Tirant les conclusions logiques de cette situation, les Mexicains se font les champions du logiciel libre. Le projet d'interface graphique GNOME pour les systèmes d'exploitation Linux a été lancé par le génie mexicain de la programmation – Miguel de Icaza. Aujourd'hui, ce dernier a lancé sa propre entreprise à Boston sous le nom de Ximian qui a pour but de mettre au point une interface GNOME aussi facile à utiliser que Windows et Explorer confondu – mais en code ouvert.

Le président Vicente Fox est arrivé au pouvoir en décembre 2000 avec un projet ambitieux d'internétisation du pays du nom d'e-Mexico. Tous les grands fournisseurs de technologies de l'information depuis Nortel Networks jusqu'à Microsoft ont manifesté l'intention de devenir partenaires du projet e-Mexico. La proposition la plus intéressante est venue d'Icaza qui est allé voir Fox en personne : profitons d'e-Mexico pour réseauter les universités mexicaines et les « start-ups » de technologies de l'information, lui a-t-il dit. Transformons tous les maillons de la chaîne entreprise-universités en centres de R-D en matière de développement des logiciels libres. De cette façon, e-Mexico conférera au Mexique des économies sur ses achats de logiciels et de placer ce pays en tête de la prochaine génération de logiciels (les logiciels ouverts).

L'approche Icaza va-t-elle triompher? Il y a une spécificité mexicaine dans l'appropriation des technologies de l'information – accès collectif aux infrastructures, gratuité des logiciels. Pour occuper sa place dans la nouvelle économie, le Mexique doit respecter son propre génie et non pas tenter d'imiter purement et simplement les pays industrialisés. Or, le Mexique a tous les atouts en main pour réussir son entrée dans la nouvelle économie. Le secteur électronique est devenu le principal poste d'exportation du Mexique. Même l'industrie informatique a presque atteint son point d'équilibre avec 8,1 milliards de dollars É-U d'exportation contre 8,2 milliards d'importations en 2000. Quand on pense à l'industrie informatique mexicaine, on pense aux entreprises dites « maquiladoras » installées sur la frontière avec les États-Unis et grandes consommatrices de main d'œuvre bon marché. Or, il existe une industrie informatique de pointe concentrée dans le triangle Mexico-Guadalajara-Monterrey basé sur la présence d'universités prestigieuses (en particulier, le Tecnológico de Monterrey). Notons à ce propos, le rôle clé joué par IBM et Hewlett-Packard dans le développement d'un pôle de recherche-développement à Guadalajara avec un début réseau de sous-traitants locaux.

Le Canada au Mexique

Plus de 1000 entreprises canadiennes ont déjà investi au Mexique. Pensons à des entreprises prestigieuses comme Bombardier ou Scotia Bank. Par contre peu d'entreprises canadiennes sont présentes dans le secteur des technologies de l'information – exception faite, bien sûr de Bell Canada International et de Nortel. Pourtant le potentiel existe. L'intégration des entreprises mexicaines au marché nord-américain s'appuie sur la multiplication des réseaux de commerce électronique inter-entreprises (B2B). Le marché mexicain du B2B est en pleine explosion : saurons-nous saisir l'occasion stratégique?

(1)pour 2000 exprimés en dollars de pouvoir d'achat paritaire (PPP) pour tenir compte des niveaux de vie des différents pays et éviter les distorsions dues aux fluctuation des monnaies.

par Jean-Guy Rens, associé principal de ScienceTech
Direction Informatique , Montréal, Vol. 14, No 10, octobre 2001
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